Énergie : le barrage de Bini à Warak, un projet stratégique pour réduire les coupures d’électricité dans le nord du Cameroun
Près de dix ans après le recensement des populations affectées, le paiement de 985 millions de FCFA d’indemnisations marque une étape décisive dans la relance du projet du barrage de Bini à Warak. Au-delà de l’aspect social, cette infrastructure énergétique est appelée à jouer un rôle majeur dans la sécurisation de l’approvisionnement électrique du Réseau Interconnecté Nord (RIN), où les délestages demeurent fréquents. Une fois mis en service, le projet devrait contribuer à réduire les pénuries d’électricité, soutenir le développement économique et renforcer la résilience énergétique des trois régions septentrionales du Cameroun.
Le versement de près d’un milliard de FCFA aux populations impactées par le projet du barrage de Bini à Warak constitue bien plus qu’une simple opération d’indemnisation. Il représente une avancée concrète vers la réalisation d’une infrastructure considérée comme l’un des projets énergétiques les plus importants pour le nord du Cameroun. Situé dans l’arrondissement de Ngan-Ha, dans la région de l’Adamaoua, le barrage de Bini à Warak est destiné à alimenter le Réseau Interconnecté Nord (RIN), qui dessert les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Cette partie du pays connaît depuis plusieurs années une insuffisance chronique de l’offre électrique, entraînant des coupures répétitives qui pénalisent les ménages, les administrations, les hôpitaux, les écoles ainsi que les activités économiques.
Une réponse au déficit énergétique du Nord
Le principal intérêt du projet réside dans sa capacité à renforcer durablement la production d’électricité dans une zone fortement dépendante du barrage de Lagdo. Durant la saison sèche, la baisse du niveau des eaux du fleuve Bénoué entraîne une diminution importante de la production de cette centrale, provoquant des délestages qui peuvent durer plusieurs heures par jour. Même avec la mise en service récente de centrales solaires à Maroua et à Guider, le déficit de production reste important, notamment en soirée lorsque la production photovoltaïque diminue alors que la demande atteint son pic. Le complexe énergétique de Bini à Warak permettra de diversifier les sources d’approvisionnement grâce à une combinaison d’énergie hydraulique et solaire. Cette complémentarité offrira une alimentation plus stable tout au long de l’année et réduira la dépendance à une seule centrale de production. Initialement conçu avec une puissance de 75 MW lors de son attribution à Sinohydro Corporation en 2013, le projet a été entièrement reconfiguré après sa reprise par Savannah Energy en 2023. La nouvelle configuration prévoit une capacité totale de 95 MW, répartie entre : 55 MW d’hydroélectricité ; 40 MW d’énergie solaire. Cette approche hybride constitue une innovation importante dans le paysage énergétique camerounais. Elle permettra d’optimiser la production selon les saisons et les conditions climatiques, tout en améliorant la fiabilité du réseau. L’un des principaux bénéfices attendus concerne la réduction des délestages qui affectent régulièrement les villes de Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Guider et plusieurs autres localités du septentrion. Une alimentation électrique plus stable favorisera le fonctionnement continu des hôpitaux et centres de santé ; une meilleure qualité des services publics ; le développement des PME et des industries ; la conservation des produits agricoles et alimentaires ; l’amélioration des conditions d’apprentissage dans les établissements scolaires ; l’attractivité économique des régions septentrionales. Pour les investisseurs, la disponibilité d’une énergie plus fiable constitue également un facteur déterminant dans les décisions d’implantation industrielle. Au-delà de la production d’électricité, le barrage devrait générer des retombées économiques importantes. La phase de construction créera des centaines d’emplois directs et indirects, tandis que l’exploitation de l’ouvrage stimulera les activités commerciales, les services et les infrastructures dans les zones concernées. L’amélioration de l’accès à l’électricité devrait également favoriser la transformation locale des produits agricoles, le développement des unités de froid, l’essor des petites industries et l’amélioration des services numériques.
Une étape décisive vers la relance du projet
Après plusieurs années de blocage liées aux difficultés de financement ayant conduit à l’arrêt du chantier peu après son lancement en 2013, le paiement des indemnisations traduit une volonté de lever progressivement les obstacles administratifs et fonciers. Le développement du projet par Savannah Energy, qui recherche désormais des partenaires financiers en envisageant la cession de 50 % de ses actifs dans le projet, ouvre une nouvelle phase dans la concrétisation de cette infrastructure stratégique. Si le calendrier de réalisation est respecté, Bini à Warak devrait devenir l’un des principaux piliers de la sécurité énergétique du nord du Cameroun, en apportant une production supplémentaire capable de réduire significativement les coupures d’électricité qui freinent depuis des années le développement économique et social des régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.
Excellence Tribune

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