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Rédigé parBenedicta Azombo
Jordan Ekoro connaît non seulement la douleur des crises, mais aussi celle des deuils. Pendant plusieurs années, sa mère reste à ses côtés et l’accompagne dans les moments difficiles jusqu’au jour où tout bascule : « Au début, maman était là quand je faisais mes crises. Et puis Dieu n’a pas accepté qu’elle continue le combat avec moi. Il l’a prise en 2015… ».
Après la disparition de sa mère, il trouve refuge chez sa grand-mère qui prend le relais mais disparaît sept ans plutard. « C’est elle qui a pris la relève et a continué à se battre à son niveau. Et puis 2022, la grand-mère aussi décède », raconte t-il. Aujourd’hui, installé chez sa tante et son oncle, le jeune homme a choisi de transformer cette histoire en force.
Après avoir réalisé qu’il vivra avec cette maladie toute sa vie qui n’a d'ailleurs pas tardé à s’imposer dans son quotidien familial avec des crises et douleurs, il s’est forgé un mental d’acier . « On a découvert que j’ai la drépanocytose quand j’étais encore tout petit. Les papas africains généralement quand c’est comme ça ils abandonnent la maman avec l’enfant et c’est ça ma petite histoire. », confie-t-il.
La musique pour se faire entendre
Chez Jordan, la passion pour la musique remonte à l’enfance. Sa mère écoutait « Chaque matin Kanye West, Michael Jackson, … elle mettait ça, ça jouait. C’est là où j’ai commencé à aimer la musique » se souvient Cyrille.
En 2025, il écrit « Soyons prudents », son premier morceau, consacré à la drépanocytose. Les scènes se succèdent et parmi elles, le podium du What About You, au Palais des Congrès de Yaoundé. À Douala, perturbateur choco ( son nom de scène ) à participé à une activité destinée à des enfants vivant avec la drépanocytose. « J’ai tellement aimé ce moment. J’ai donné du sourire, de l’espoir. Que malgré tout si je suis devant eux, rien ne peut nous arrêter. »
Même si tout semble aller, la maladie, elle, reste présente. « Vivre avec la drépanocytose, c’est un calvaire, c’est un cauchemar… Il y a des nuits, tu te réveilles brusquement, tu as des douleurs… » lâche t-il.
Une voix contre les préjugés
Pour Jordan le combat passe aussi par les mentalités. Il refuse que la drépanocytose soit encore associée à une quelconque malédiction « les Camerounais, ils ont traité la drépanocytose de maladie de sorcier, alors que ce n’est pas le cas », dénonce-t-il.
Aussi, le jeune artiste insiste sur l’importance de connaître son statut avant de s’engager dans une relation. « Avant de se mettre en couple, il faut se rassurer, faire les examens de l’électrophorèse. Dès que tu as ton statut de l’électrophorèse, tu sais si tu peux t’engager ou pas. »
La musique représente bien plus qu’une passion. « Je chante parce que c’est un combat qui me tient à cœur. Je vis cette maladie, donc je sais ce qu’un drépanocytaire peut ressentir » ajoute le jeune garçon.
Cet engagement l’a alors conduit à rencontrer l’artiste Tenor, qui lui a promis une collaboration. En attendant la concrétisation de ce featuring, Jordan Ekoro poursuit son chemin entre les études, les scènes et les crises. Il a trouvé dans la musique une manière de vivre avec la maladie et de parler à ceux qui la connaissent, de près ou de loin.